C’est possible de passer de self-conscious à self-aware ?
Ces derniers temps, j’ai remarqué quelque chose dans ma manière de réagir aux événements. Quelque chose d’assez subtil pour passer inaperçu, mais suffisamment nouveau pour attirer mon attention. J’ai le sentiment d’être devenue plus consciente de mon propre fonctionnement. Pas seulement plus introspective — je l’ai toujours été —, mais plus capable de m’observer avec lucidité, sans que chaque observation se transforme immédiatement en jugement contre moi.
Self-conscious, Le déclic ?
Je l’ai observé dans le cadre de la préparation de mon séjour à Malmö. Notre coordinatrice nous avait demandé de préparer une courte présentation sur les escapades possibles depuis Malmö. Une fille du groupe, graphiste, avait choisi le même sujet que moi et nous avons décidé de travailler ensemble : je préparerais le contenu, elle s’occuperait de la présentation visuelle.
J’ai donc sélectionné quelques destinations accessibles en train, préparé les informations essentielles et construit quelque chose de clair, pratique et adapté aux cinq minutes qui nous étaient accordées. Lorsqu’elle m’a renvoyé la version finale, j’ai découvert un document beaucoup plus détaillé. Elle avait ajouté de nouvelles destinations, des trajets en voiture, des bonnes adresses et toute une dimension lifestyle à laquelle je n’avais pas pensé.
Mon premier réflexe a été de m’interroger sur moi. Est-ce que je suis paresseuse ? Est-ce que je manque de diligence ? Est-ce que j’ai tendance à ne pas aller jusqu’au bout des choses ?
“Even in social life, you will never make a good impression on other people until you stop thinking about what sort of impression you’re making.
En analysant la situation, j’ai compris que la différence tenait surtout à mon fonctionnement sélectif. Lorsque je considère qu’une tâche est stratégique, je peux être extrêmement rigoureuse. Lorsqu’elle me paraît secondaire, je recherche plutôt le minimum efficace : faire correctement ce qui est demandé sans y consacrer une énergie disproportionnée.
Le problème n’était donc pas nécessairement mon travail. Il était dans la rapidité avec laquelle j’avais transformé une différence de fonctionnement en soupçon contre mon caractère.
Do you speak English ?
Je retrouve ce même mécanisme dans ma pratique de l’anglais.
Pour progresser à l’oral, il faut parler. Il faut accepter de faire des fautes, de chercher certains mots et de construire parfois des phrases imparfaites. On conseille d’ailleurs souvent aux personnes qui apprennent une langue de s’entraîner à parler plusieurs minutes sans s’interrompre, même si tout n’est pas grammaticalement exact.
Or, lorsque l’on est très self-conscious, c’est précisément ce qui devient difficile. J’entends mes fautes pendant que je parle. Je remarque qu’un mot n’est probablement pas le bon, je m’arrête, je reprends ma phrase, je cherche une formulation plus exacte. Une partie de moi essaie de communiquer pendant qu’une autre l’écoute, l’évalue et la corrige.
Je ne suis alors plus simplement en train de parler anglais. Je me regarde parler anglais.
Lorsque je suis partie en Suède, cette surveillance permanente est devenue difficilement compatible avec la réalité. J’étais entourée de personnes qui parlaient anglais au travail, dans les commerces ou dans les conversations ordinaires. Pour que les échanges restent fluides, je devais parler, aller un peu plus vite et accepter de ne pas trouver immédiatement chaque mot.
Bien sûr, il m’arrivait toujours de buter sur certaines expressions. Mais je ne pouvais plus interrompre chaque phrase pour procéder à un contrôle qualité intérieur. Je devais suivre le mouvement.
Let it go, let it flow
C’est peut-être là que se trouve, pour moi, la différence entre être self-conscious et devenir self-aware.
La self-consciousness me pousse à surveiller mes gestes, mes paroles et mes réactions, puis à les interpréter immédiatement. Elle transforme facilement une erreur en preuve, une différence en défaut ou une hésitation en raison de s’arrêter.
La self-awareness ne consiste pas à ne plus voir mes erreurs. Elle me permet de les voir sans leur donner systématiquement le pouvoir d’interrompre ce que je suis en train de faire. Elle m’aide à comprendre mon fonctionnement, puis à décider consciemment si je veux le conserver ou l’ajuster.
Je suis toujours en chemin. J’apprends encore à suivre le flow sans analyser chaque mouvement, à parler avant que ma phrase soit parfaite et à ne pas transformer toutes mes réactions en questions sur mon caractère.
Je découvre surtout que la conscience de soi ne consiste pas à commenter intérieurement chacun de ses gestes. Elle consiste parfois à reconnaître le mécanisme, puis à arrêter de se regarder suffisamment longtemps pour continuer à vivre, à parler et à progresser.
With Love, Christabel
